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Eric Charles-Donatien, le Mousquetaire de la Plume


Eric Charles Donatien est un plumassier qui a déployé ses ailes auprès des plus grands talents qui ont fait la mode parisienne ; il a travaillé pendant de nombreuses années aux côtés de Monsieur Lemarié, qui l’a guidé, formé, orienté et lui a fait confiance pour la création et l’innovation des collections au sein de la prestigieuse Maison Lemarié spécialisée dans l’art de la plumasserie.

François Lesage, Maître brodeur pour la Haute Couture,  Raymond Massaro, Maître d’art et bottier,  et Pierre Debard, célèbre chapelier de la Maison Michel,  l’ont également accompagné dans l’éduction d’un savoir faire respecté, dans la passion et la transmission d’une mode parisienne d’exception.

Cet artisan de la plume défend à son tour ces valeurs dans ses créations, son travail, son éthique, le respect du bien faire et dans sa volonté d’offrir sans cesse de l’émotion dans ses réalisations. 

Il investit avec humilité et talent le milieu de la décoration avec entre autre la réalisation d’un habillage en plumes pour l’alcôve du spa de l’Hôtel de Crillon.

Cet héritier de l’artisanat d’art d’exception nous transporte sur le chemin de l’histoire mais aussi sur celui d’un avenir prometteur.  

 

Ça a débuté comment ?

 

« Cela dépend de quoi on parle, de ma vie il y 46 ans ?, de ma carrière il y a 30 ans ?,  ou de la plume il y a maintenant plus de 20 ans ? » 

 

Tous les commencements sont bons. La plume est peut-être le commencement le plus atypique.  Mais le vrai commencement a été celui où j’ai décidé de faire des études de mode plutôt que des études de psychologie ou de musique car je faisais également le conservatoire. Quand on a eu des parents qui donnent la chance de faire le maximum de choses dans plusieurs directions possibles pour ouvrir l’esprit, on se trouve vite face à la problématique du choix mais à ce moment là c’est la mode qui a gagné.

J’ai donc fait des études de mode. J’ai essayé de les pousser au maximum sur la technique. Je n’ai jamais eu envie d’être une figure qui sera connue pour ses idées.  J’étais obsédé par le savoir faire, et cela me paraissait surtout indissociable des idées.

J’ai compris plus tard et même pendant mes études que beaucoup de personnes estimaient tout à fait suffisant d’être de futurs gens à idées, tout à fait conscients que d’autres auraient le savoir pour faire à leur place.

Je me disais alors, "si je sais faire moi-même, c’est mieux non ?"

 

C’est ainsi que tout cela a commencé et c’est ce qui m’a amené un jour face à Monsieur Lemarié. Je travaillais alors sur un projet sponsorisé par Annick Huet, qui avait une ferme d’autruches en Afrique du Sud.  Elle faisait la promotion de ses plumes d’autruche de très haute qualité auprès de la mode parisienne et de la haute couture plus spécifiquement.

Lorsque je lui ai montré le travail que j’avais fait avec ses plumes, elle a été très étonnée.  C’est pour cette raison qu’elle a voulu me faire rencontrer Monsieur Lemarié.

 

En rencontrant Monsieur Lemarié,  je découvre également une grande Maison que je ne connaissais pas. C’était un vieil atelier.  Tout était vieux !  J’observais tout cela et avais peine à croire en ce que je voyais. 

Pourtant j’étais déjà passé chez Lesage ! Mais cette fois, je suis dans la quintessence de la "chose" qui s’était arrêtée dans le temps ;  un immeuble haussmannien Faubourg

Saint-Denis, un vieil appartement, un parquet plus ou moins usé parfois un peu sombre, ces ballots de kraft partout, des plumes, des meubles anciens, le parquet qui craque et des gens majoritairement âgés avec quelques jeunes. Je découvre alors que l’on peut rester dans une Maison 30 ou 40 ans, je n’avais jamais vu ça !

 

Monsieur Lemarié me propose alors quelque chose d’amusant. Il me demande de lui faire des échantillons que je devrais lui vendre par la suite. Ce qui est drôle c’est qu’à l’époque je ne connaissais pas le principe des échantillons et ne savais pas à quoi cela servait.

En fait le principe des échantillons c’est tout un patrimoine véhiculé depuis des dizaines d’années, et qui à chaque saison, sont renouvelés pour être montrés à toutes ces Maisons de mode qui me faisaient rêver depuis mon enfance.

Je n’étais pas conscient à ce moment là que je venais de mettre les pieds dans une articulation majeure  de cet artisanat qui était la mode à l’époque.

Pour honorer sa proposition, je vais acheter des "plumes d’indiens", avec des coloris absolument insupportables, des plumes de piètre qualité que je trouve chez un revendeur de travaux manuels et des arts créatifs. Je fais alors quelques manipulations, je ne fais pas un exercice propre à la couleur car je m’attaque à des coloris assez violents, mais je m’attache surtout à la technique. Et déjà là, je mélange !

Je mélange la plume avec du métal,  avec d’autres matières. Donc avant de rentrer chez Lemarié, c’était pour moi une évidence que la plume ça se mélangeait.  C’est quelque chose qui m’habite dès le début car j’aime tisser, tricoter, et coudre. Et comme à l’époque je n’avais aucune technique de plumasserie et pour cause, donc je tisse, je tricote et je couds et donc je mélange !

 

Quand j’ai présenté mon travail à Monsieur Lemarié, il l’a trouvé suffisamment  intéressant pour me proposer de venir travailler quelques mois chez lui afin de jeter un œil dans les archives, les rafraichir, faire de nouveaux effets, de nouveaux échantillons…  il voulait un regard neuf avec de nouvelles idées.

A l’époque je travaillais régulièrement pour la Maison Hermès pour la ligne homme avec Véronique Nichanian et j’ai pris la décision de travailler pour Lemarié pendant quelques mois dans l’idée de revenir travailler chez Hermès ensuite.  Au bout de trois mois, Monsieur Lemarié m’a proposé de rester un an, puis deux et au final l’histoire a duré plus de dix ans…

Je n’ai pas réalisé à ce moment là que je venais de m’offrir l’un des plus beaux cadeaux de ma vie qui est de rester aux côtés  d’une des dernières personnes qui représentent ces métiers d’exception.

 

J’apprends ce qu’est un métier d’art, ce qu’est un métier d’excellence, j’avais déjà eu une perception de cela chez Hermès  mais très lié au cuir.

J’apprends également qui sont les 4 mousquetaires, Mr Massaro, Mr Lesage,  Mr Pierre Debard de la Maison Michel et Mr Lemarié. Ils deviennent alors mes "papas". Chacun d’eux m’ont guidé, formé, j’étais bien évidemment tous les jours chez Mr Lemarié, les trois autres étaient comme des parrains très bienveillants qui m’ont toujours reçu avec beaucoup de gentillesse, ils m’ont aiguillé et guidé dans tous mes projets.

C’était toute la magie d’une mode extraordinairement éduquée, avec beaucoup de savoir vivre et même si nous étions éventuellement concurrents,  nous étions d’abord des collègues et des collaborateurs. Jusqu’à même devenir alliés face à d’éventuelles adversités.

 

Cette proximité est aujourd’hui beaucoup plus complexe. Nous sommes actuellement dans un niveau d’individualisme forcené,  un niveau d’auto conscience sans précédent.  L’image, la conscience de soi, l’abnégation, la société de spectacle, l’esbroufe…

On est conscient qu’on ne sait pas faire grand chose, on sait qu’on a éventuellement peu d’idées mais comme on sait communiquer et faire l’écran de fumée alors on fonce et on y va. Et le pire c’est que cela peut mieux fonctionner que la personne qui a un savoir faire !

 

Tout cela ce n’est pas ce que l’on m’a inculqué, j’ai eu la chance d’avoir une formation extraordinairement dense, complète et terriblement humaine grâce au privilège d’avoir été accompagné par tous ces acteurs de la mode.  Je n’en ai compris l’importance que plus tard.

Car c’était ma vie, je ne me serai jamais aventuré rue Royale sans aller voir Mr Massaro, aller rigoler avec François Lesage sur les Grands Boulevards, de pouvoir circuler dans ces Maisons aussi bien que dans les grandes Maisons de mode qui m’ont ouvert leur porte grâce à ces 4 mousquetaires.

J’ai rencontré Gianfranco Ferré, Mr Saint Laurent, Christian Lacroix, Jean-Paul Gaultier. Ces Maisons fonctionnaient sur un schéma presque familial. On connaissait le créateur mais aussi la responsable d’atelier, la manutention, ces femmes et ces hommes qui jalonnaient le quotidien de ces créateurs et qui faisaient en sorte que tout soit fluide aussi bien en interne que dans leurs relations à l’extérieur et notamment entre les fournisseurs et collaborateurs que nous étions. Et bien évidemment tout était fait pour que nos rapports soient simples à tous les niveaux.

 

Cela paraissait comme une évidence pour chaque Maison de recevoir à chaque saison tous les artisans de mode et choisir ceux qui allaient figurer dans le défilé. 

Aujourd’hui au mieux ils ont des demandes précises. Il arrive parfois qu’il y ait un peu d’ouverture et qu’on nous demande de fournir un certain nombre d’idées mais cela implique qu’ils aient décidé de mettre de la plume, de faire des fleurs, de la fourrure ... Mais si ce n’est pas décidé ils ne veulent même pas savoir ce que vous avez fait  pour la saison. Avant on aurait montré.

Il y avait surtout une prise de conscience que chaque saison il fallait maintenir à chacun un peu de travail. Car chaque Maison se sentait garante et responsable d’un écosystème, on ne faisait pas que de se servir des gens.

Donc voilà comment tout cela a commencé sous des hospices royaux et très lumineux.

 

Je suis une personnalité assez joyeuse mais tous ces personnages ont ancré en moi que tout cela était une grande fête extraordinairement belle.

J’ai eu cette chance pendant des années de travailler avec ces grands talents de la mode, de développer mes idées, eu la chance de me laisser guider. On a réussi à ancrer la Maison Lemarié et la plume dans la modernité, de ne pas l’avoir laissée dans une couture un peu passée et avoir su répondre à ceux qui arrivaient ; Alexander McQueen, Jean-Paul Gaultier, John Galliano…

 

Au bout de quelques années j’ai demandé à Mr Lemarié si on pouvait sortir de ce Paris Haute Couture, de ce Paris qui nous était cher pour travailler avec les italiens comme Dolce & Gabbana , Versace, Roberto Cavalli et également nous avons exploré le marché américain.

Il faut savoir que Mr Lemarié était parti 30 ans plus tôt travailler aux Etats-Unis.

Pour ma part je découvrais un nouveau terrain par rapport à celui dont il m’avait parlé et laissé il y a 30 ans. J’essaie alors de comprendre quelles Maisons vont pouvoir travailler avec nous.

J’ai fait littéralement du porte à porte, avec mes échantillons. J’ai sillonné New York  de haut en bas, d’Est en Ouest. C’est comme ça que j’ai rencontré Diane von Fürstenberg, Vera Wang, Hervé Pierre, Ralph Rucci, Pamela Golbin qui s’occupe des arts décoration, Donna Karan,  c’était vraiment toute une époque…

La première chose que je comprends c’est que lorsque je les rencontre, ils sont tous très enthousiastes. A cette époque, début 2000, la mode à New York ne s’est pas encore développée comme aujourd’hui. Il y a une accessibilité très étonnante, alors qu’à Paris cela est plus institutionnel. Le luxe c’est vraiment Paris à cette époque.

Je comprends que tout le monde aime ce que l’on fait mais ils ne savent pas vraiment quoi en faire !

Donc il a fallut que je les aiguille en leur montrant comment utiliser tout ce qu’on pouvait leur proposer. Nous avons adapté notre travail pour le marché newyorkais, en travaillant sur des effets et des techniques qui me permettaient d’avoir un langage commercial et de ne pas me limiter au développement artistique, esthétique et de technique pure. Nous faisions des réalisations au mètre, des morceaux de vêtement, on faisait vivre en quelque sorte les échantillons. Et effectivement, quand je suis revenu,  l’impact a été très positif et ça a tout enclenché, chaque saison j’allais à New York proposer notre travail.   

 

Suite au départ de Mr Lemarié, la Maison Chanel reprend la Maison et donc un nouveau système se met en place. En parallèle ils ont déjà racheté d’autres Maisons d’art auquel je participe avec plaisir. J’apprends alors comment on passe de l’ultra familial à l’entreprise et à tout son fonctionnement corporate.  

J’ai donc eu la possibilité de comparer les deux systèmes et je me suis aperçu que ce n’était pas le chemin que je voulais suivre. Je voulais me rapprocher d’un schéma que j’ai vécu avec Monsieur Lemarié.

C’est comme ça que j’ai décidé de travailler pour moi. J’avais également une fatigue par rapport au travail de la plume, à la matière, donc je voulais faire autre chose.

A force de sollicitudes de plusieurs Maisons, j’ai fini par céder et en recommençant je me suis aperçu que ce n’était pas la matière qui me gênait mais la manière.

La manière m’a fait perdre la matière.

 

Il a fallut que je me reconnecte pour inventer mon modèle de société.

J’ai mis au goût du jour des choses qui m’étaient chères et qui m’ont été transmises par Monsieur Lemarié, mes parents, mes amis, les créateurs avec qui j’ai eu tant de plaisir à travailler  et qui chérissaient des valeurs et des principes similaires aux miens. Je voulais quelque chose de petit et profondément émotionnel, c’est à dire l’inverse de ce que l’on vous explique dans le travail aujourd’hui.

Et c’est comme ça que j’ai commencé dans le métier. J’ai passé mon temps à faire des commencements. Mon atelier a aujourd’hui 7 ans.

 

Quel regard portez-vous sur le contexte de la mode aujourd’hui ?

 

La mode aujourd’hui est devenue une industrie. J’ai un respect et une admiration pour les « nouveaux combattants » qui sont toutes ces petites Maisons qui commencent à émerger, et heureusement ! Des gens qui se disent qu’il faut faire une autre mode, qu’il faut faire une mode autrement. Et il ne s’agit pas forcement d’une forme de vêtement, mais de parler des process, de la façon dont on fait les choses. Il y a beaucoup de gens qui commencent à réfléchir à tout cela, à remettre du sens dans ce qu’ils présentent, dans leurs actions dans la mode, de ne pas être juste dans l’exploitation d’un savoir faire, mais être aussi dans un message, dans une éthique, dans une réflexion et dans un partage.

Donc ces mots sont importants car ils étaient évidents et constitutionnels de ce milieu il y a 30 ans et aujourd’hui on ne peut pas en dire autant.

C’est bien qu’il y ait cette nouvelle conscience et qu’on commence à casser cette problématique de l’image et des effets à outrance, d’une course à l’enrichissement toujours plus prononcée mais ce qui est encore mieux c’est de se demander pourquoi on le fait ...  

Est-ce que l’on partage ? Le fait-on bien avec les bonnes personnes ? , est-ce que l’on crée de l’équilibre, du bonheur ?

Ces évidences là sont devenues essentielles aujourd’hui.

 

Il y a des gens qui ont compris qu’en jouant sur des mécanismes  d’image il n’y avait pas besoin d’être forcement très qualitatif et très fort dans ce que l’on fait pour s’en sortir. Aujourd’hui on est tellement avide de profusion que l’on donne de la place à des choses peu qualitatives, sous peu qu’elles nous soient martelées. Le martelage peut suffire à donner de l’importance,

On devrait être à autre chose que ça ! On est suffisamment intelligent en tant qu’espèce  pour en être là !    

Donc tout cela donne l’émergence de tout un tas de corpuscules qui réfléchissent sur une mode autrement et c’est bien.

 

Je suis un humaniste. Je crois en l’homme. Tant qu’il y aura de belles âmes, il y aura toujours de l’espoir. Il suffit parfois de la force d’une seule personne pour renverser des milliers d’autres et de leur ouvrir les yeux sur des choses bien plus grandes.

En tout cas quand on a cette perception là, il est nécessaire d’agir.

Un des premiers préceptes de l’hindouisme est de ne pas rester dans l’inertie, c’est d’être toujours en action.

 

Il est important pour moi d’envisager la mode avec un axe assez personnel et de ne pas juste en faire uniquement mon espace de travail. Cela veut dire être vigilant sur la manière de faire et sur les personnes dont on s’entoure et comment on fait vivre tout ça.

Dans le choix on arrive toujours à ouvrir des portes.

C’est aussi de nous reconnecter avec l’émotionnel qui nous permet de nous guider. Cela implique de faire des erreurs, mais je milite pour le droit à l’erreur surtout dans le schéma du travail, réintégrer l’idée que l’on peut se tromper, réintégrer qu’on a des personnalités qui travaillent les unes avec les autres ce n’est pas juste des coquilles vides dans lesquelles on met des puces interchangeables, des profils. Tout cela suffit…

 

Vous avez participé à l’exposition AD matière d’art 2018 Première Edition, cela veut dire que la décoration est un secteur qui vous appelle ?  

 

C’est notre volonté d’intégrer les métiers d’art de la décoration, car j’y ai fait des incursions à plusieurs reprises mais il est vrai qu’on restait les transfuges de la mode qui venait de temps en temps mettre un pied dans le jardin d’à côté.

Après le travail que nous avons effectué pour Tristan Auer pour le spa à l’hôtel le Crillon, je me suis dis que c’était  important de se positionner et qu’on vienne se présenter officiellement  dans le milieu de la décoration. 

Nous avons présenté une matériauthèque et un "grand geste artistique" ;  un grand panneau de 2m10 sur 1m40.  Cela nous a permis pendant 10 jours de rencontrer les acteurs principaux de la décoration. La première chose positive a été la rencontre avec nos collègues artisans, les futures collaborations que nous avons évoquées ensemble pour continuer à nourrir nos propres matières, nos univers et continuer à les faire évoluer et la rencontre avec le public était une belle expérience.

Ce patrimoine, que j’ai reçu de la part de Monsieur Lemarié, doit vivre à travers une communication qualitative, guidée, éducative et c’est un rôle que l’on doit assumer.

La décoration est un milieu qui me plait énormément. La première raison c’est la nouveauté et la curiosité. Ce qui est certain c’est que nous avons une volonté de le traiter avec le même sérieux que nous avons accordé à la mode depuis toutes ces années.

 

 J’ai la sensation qu’il y a dans la décoration une opportunité plus importante pour faire passer nos valeurs, notre éthique, préserver et faire évoluer nos savoir faire, être sur des schémas de conscience de ces préservations des savoir faire.

Il est vrai que le milieu de la décoration nous ouvre des perspectives qui me semblent plus importantes que celles de la mode avec des besoins et des envies qui vont dans ce sens et un plaisir pour le partage de la connaissance.

Tous ces intervenants de la décoration ont ce goût de la référence,  du respect de ce qui s’est fait et cette conscience d’être même dans leur singularité, dans une évolution qui est toujours basée sur quelque chose qui a existé et qui a été fait avant.

On ne fait que réaménager, repenser, redistribuer autrement et que la nouveauté se situe dans cette redistribution.  Il y a cette humilité que j’apprécie et un niveau de culture agréable.  Cela rassure, car on s’aperçoit qu’on a besoin d’être nourri, on ne se fait pas tout seul.

On est tous une forme de mousquetaire à un moment donné quand on est dans cette situation. L’urgence est peut-être de ralentir.

 

Découvrez les créations de Eric Charles-Donatien à l’Espace 109

 

 

Eric Charles-Donatien, the Musketeer of the feather

 

 


Eric Charles Donatien is a plumassier who has spread his wings among the greatest talents who have made Parisian fashion; he worked for many years alongside Mr. Lemarié, who guided, trained, oriented and trusted him for the creation and innovation of collections within the prestigious Maison Lemarié specializing in the art of plumasserie.

François Lesage, master embroiderer for haute couture, Raymond Massaro, master of art and bootmaker, and Pierre Debard, famous hatter of the Maison Michel, have also accompanied him in the education of a respectful know-how, in passion and the transmission of an exceptional Parisian fashion.

This feathercraft designer also defends these values ​​in his creations, his work, his ethics, the respect of the well done and in his will to offer unceasing emotion in his achievements.

He invests with humility and talent the environment of the decoration with among others the realization of a dressing in feathers for the alcove of the Spa of the Hôtel de Crillon.

This heir of exceptional craftsmanship transports us on the way of history but also on that of a promising future.

 

How did it begin?

 

"It depends on what you're talking about, my life 46 years ago, my career 30 years ago ?, or the feather more than 20 years ago? "

 

All beginnings are good. The feather is perhaps the most atypical beginning. But the real beginning was when I decided to do fashion studies rather than studies in psychology or music because I also did the conservatory. When we had parents who gave us the chance to do as many things as possible in order to open our minds, we quickly find ourselves in front of the problematic of choice but at that moment it is fashion that has won.

So I did fashion studies. I tried to push them to the maximum on the technique. I never wanted to be a figure who will be known for his ideas. I was obsessed with the know-how, and it seemed to me especially inseparable ideas.

I realized later and even during my studies that many people thought it was quite enough to be future people with ideas, quite aware that others would have the knowledge to do it for them.

I said to myself, "If I can do it myself, it's better no? "

 

That's how it all started and that's what brought me one day to Mr. Lemarié. I was working on a project sponsored by Annick Huet, who had an ostrich farm in South Africa. She was promoting her ostrich feathers of very high quality in Parisian fashion and haute couture more specifically.

When I showed her the work I had done with her feathers, she was very surprised. That's why she wanted me to meet Mr. Lemarié.

 

When meeting Mr. Lemarié, I also discovered a big house that I did not know. It was an old workshop. Everything was old! I observed all this and had difficulty believing in what I saw.

Yet I was already at Lesage! But this time, I am in the quintessence of the "thing" that had stopped in time; a Haussmann building Faubourg

Saint-Denis, an old apartment, a floor more or less worn sometimes a little dark, these bundles of kraft everywhere, feathers, antique furniture, the floor that creaks and people mostly older with some young people. I discovered then that one can stay in a House 30 or 40 years, I had never seen that!

 

Monsieur Lemarié then offers me something amusing. He asks me to make samples that I should sell him later. What's funny is that at the time I did not know the principle of samples and did not know what it was used for.

In fact the principle of the samples is a whole heritage conveyed for dozens of years, and each season, are renewed to be shown to all these fashion houses that made me dream since my childhood.

I was not aware at that time that I had just set foot in a major articulation of this craft that was fashionable at the time.

To honor his proposal, I am going to buy "Indian feathers", with absolutely unbearable colors, feathers of poor quality that I find in a reseller of handicrafts and creative arts. I do some manipulations, I do not do an exercise specific to the color because I am tackling some pretty violent colors, but I am mainly attached to the technique. And already there, I mix!

I mix the feather with metal, with other materials. So before going back to Lemarié, it was obvious to me that the feather was mixing. It's something that lives in my life from the beginning because I like to weave, knit, and sew. And as at the time I had no feathercraft technique and for good reason, so I weave, I knit and I sew and so I mix!

 

When I presented my work to Mr. Lemarié, he found it interesting enough to suggest I come work a few months at his place to take a look in the archives, refresh them, make new effects, new samples ... wanted a fresh look with new ideas.

At the time I worked regularly for the Maison Hermès  for the men's line with Véronique Nichanian and I made the decision to work for Lemarié for a few months in the idea of returning to work at Hermès then. After three months, Mr. Lemarié offered me to stay one year, then two and in the end the story lasted more than ten years ...

I did not realize at that time that I had just offered me one of the best gifts of my life that is to stay alongside one of the last people who represent these exceptional craft.

 

I learn what is a profession of art, what is a profession of excellence, I had already had a perception of that at Hermes but very related to leather.

I also learn who are the 4 musketeers, Mr Massaro, Mr Lesage, Mr Pierre Debard from Maison Michel and Mr Lemarié. They become my "dads". Each of them guided me, formed, I was obviously every day at Mr. Lemarié's, the other three were like very kind godparents who always received me with great kindness, they pointed me and guided me in all my projects.

It was all the magic of an extraordinarily educated fashion, with a lot of life skills and even though we were eventually competitors, we were first of all colleagues and collaborators. Even to become allies against possible adversities.

 

This proximity is much more complex today. We are currently in a state of frenzied individualism, an unprecedented level of self-consciousness. The image, self-awareness, self-denial, show society, daring ...

We are aware that we do not know how to do much, we know that we have few ideas but as we know how to communicate and make the smoke screen then we go for it and we go. And the worst is that it can work better than the person who has a know-how!

 

All this is not what I was taught, I was fortunate to have an extraordinarily dense, complete and terribly human training thanks to the privilege of being accompanied by all these actors of fashion . I did not understand the importance until later.

Because it was my life, I would never have ventured rue Royale without going to see Mr Massaro, going to laugh with François Lesage on the Grands Boulevards, to be able to circulate in these Houses as well as in the big Fashion houses which have me open their doors thanks to these 4 musketeers.

I met Gianfranco Ferré, Mr. Saint Laurent, Christian Lacroix, Jean-Paul Gaultier. These Houses operated on an almost family-friendly scheme. We knew the creator but also the workshop manager, handling, these women and men who marked the daily life of these creators and who made sure that everything was fluid both internally and in their relations outside and including between the suppliers and collaborators we were. And of course everything was done to make our reports simple at all levels.

 

It seemed obvious to each Maison to receive each season's fashion designers and to choose those who would appear in the parade.

Today at best they have specific requests. Sometimes there is a bit of openness and we are asked to provide a number of ideas, but that implies that they have decided to put feathers, make flowers, fur. ..but if it's not decided they do not even want to know what you did for the season. Before we would have shown.

Above all, there was an awareness that each season everyone had to be kept a little bit of work. Because each House felt responsible and responsible for an ecosystem, we did not just use people.

So that's how it all started under royal and very luminous hospices.

 

I am a rather happy personality but all these characters have anchored in me that all this was a great party extraordinarily beautiful.

I had this chance for years to work with these great fashion talents, develop my ideas, had the chance to let me guide. We managed to anchor Maison Lemarié and the pen in modernity, not to have left it in a seam a little past and to have been able to respond to those who arrived; Alexander McQueen, Jean Paul Gaultier, John Galliano ...

 

After a few years I asked Mr Lemarié if we could leave this Paris Haute Couture, this Paris which was dear to us to work with the Italians like Dolce & Gabbana, Versace, Roberto Cavalli and also we explored the market American.

It should be known that Mr Lemarié had left 30 years earlier to work in the United States.

For my part, I discovered a new land compared to the one he had spoken to me and left 30 years ago. I try to understand which houses will work with us.

I literally went door to door, with my samples. I traveled up and down New York from East to West. That's how I met Diane von Fürstenberg, Vera Wang, Herve Pierre, Ralph Rucci, Pamela Golbin who is in charge of the decorative arts, Donna Karan, it was really an era ...

The first thing I understand is that when I meet them, they are all very excited. At this time, early 2000, fashion in New York has not yet developed as today. There is a very surprising accessibility, while in Paris it is more institutional. Luxury is really Paris at this time.

I understand that everyone loves what we do but they do not really know what to do!

So I had to needle them showing them how to use everything we could offer them. We adapted our work for the New York market, working on effects and techniques that allowed me to have a commercial language and not to limit myself to artistic, aesthetic and pure technical development. We made achievements by the meter, pieces of clothing, we made live somehow the samples. And indeed, when I came back, the impact was very positive and it started everything, every season I went to New York to propose our work.

 

Following the departure of Mr Lemarié, the Maison Chanel takes over the House and therefore a new system is set up. In parallel they have already bought other art houses in which I participate with pleasure. I learn how to move from the ultra family to the company and all its corporate operation.

So I had the opportunity to compare the two systems and I realized that this was not the way I wanted to go. I wanted to get closer to a pattern that I lived with Mr. Lemarié.

That's how I decided to work for me. I was also tired of working with the feather, the material, so I wanted to do something else.

By dint of solicitudes of several Houses, I finally yielded and by starting again I realized that it was not the matter which bothered me but the way.

The way made me lose the matter.

 

I had to reconnect to invent my model of society.

I brought up to date things that were dear to me and that were transmitted to me by Mr. Lemarié, my parents, my friends, the creators with whom I had so much pleasure to work and who cherished values and principles similar to mine. I wanted something small and deeply emotional, which is the opposite of what you are told in the work today.

And that's how I started in the business. I spent my time doing beginnings.

My workshop is now 7 years old.

 

What is your view of the fashion context today?

 

Fashion today has become an industry. I have a respect and admiration for the "new fighters" who are all these little houses that are beginning to emerge, and thankfully! People who think that you have to do another fashion, that you have to fashion differently. And it is not necessarily a form of clothing, but to talk about the process, the way we do things. There are many people who start to think about all this, to make sense in what they present, in their actions in fashion, not to be just in the exploitation of a know-how, but also in a message, in an ethics, in a reflection and in a sharing.

So these words are important because they were obvious and constitutional of this milieu 30 years ago and today we can not say as much.

It is good that there is this new consciousness and that we begin to break this problematic of the image and the effects to excess, of a race to the enrichment always more pronounced but what is still better it is to wonder why we do it ...

Do we share? Do we do it with the right people? do we create balance, happiness?

These evidences have become essential today.

 

There are people who have understood that by playing on image mechanisms there was no need to be very qualitative and very strong in what we do to get out. Today we are so greedy for profusion that we give space to things that are not very qualitative, as soon as they are hammered on us. Hammering can be enough to give importance,

We should be something else! We are smart enough as a species to be there!

So all this gives rise to a whole bunch of corpuscles that are thinking about fashion differently and that's good.

 

I am a humanist. I believe in man. As long as there are beautiful souls, there will always be hope. Sometimes the strength of one person is enough to overthrow thousands of others and open their eyes to much bigger things.

In any case when one has this perception there, it is necessary to act.

One of the first precepts of Hinduism is not to remain inactive, it is to be always in action.

 

It is important for me to consider fashion with a fairly personal focus and not just to make it my workspace. It means being vigilant about the way things are done and about the people we surround ourselves with and how we make them live.

In the choice we always manage to open doors.

It is also to reconnect with the emotional that allows us to guide us. It involves making mistakes, but I am fighting for the right to make mistakes, especially in the work pattern, to reinstate the idea that one can be wrong, to reinstate one's personalities who work with each other. it's not just empty shells in which we put interchangeable chips, profiles. All this is enough ...

 

Did you take part in the AD exhibition 2018 art edition, which means that decoration is a sector that calls you?

 

It is our desire to integrate the crafts of the art of decoration, because I made incursions several times but it is true that we remained the defectors of the fashion which came from time to time put a foot in the garden next door.

After the work we did for Tristan Auer for the spa at the Hôtel le Crillon, I thought it was important to position oneself and come officially to the decoration industry.

We presented a material library and a "great artistic gesture"; a large panel of 2m10 on 1m40. This allowed us for 10 days to meet the main actors of decoration. The first positive thing was the meeting with our fellow artisans, the future collaborations that we talked about together to continue to feed our own subjects, our worlds and continue to evolve them and the meeting with the public was a great experience.

This heritage, which I received from Mr. Lemarié, must live through a qualitative communication, guided, educational and it is a role that must be assumed.

The decoration is a medium that I like a lot. The first reason is novelty and curiosity. What is certain is that we have a will to treat it with the same seriousness that we have given to fashion for all these years.

 

I have the feeling that there is in the decoration a more important opportunity to pass our values, our ethics, to preserve and to evolve our know-how, to be on diagrams of conscience of these preservations of the know-how.

It is true that the world of decoration opens perspectives that seem to me more important than those of fashion with needs and desires that go in this direction and a pleasure for the sharing of knowledge.

All these speakers of the decoration have this taste of the reference, of the respect of what has been done and this awareness of being even in their singularity, in an evolution which is always based on something which existed and which was done before.

 

We are just rearranging, rethinking, redistributing differently and the novelty lies in this redistribution. There is this humility that I appreciate and a level of pleasant culture. This reassures, because we realize that we need to be fed, we do not do everything alone.

We are all a form of musketeer at a given moment when we are in this situation. The urgency may be to slow down.

 

Discover the creations of Eric Charles-Donatien at Espace 109

 

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